La petite maison dans l'IA.
"𝙇𝒂 𝑷𝙚𝒕𝙞𝒕𝙚 𝙈𝒂𝙞𝒔𝙤𝒏 𝒅𝙖𝒏𝙨 𝙡’𝙄𝑨",
Comprendre la logique de captation, de fabrication du « jumeau numérique » et d’influence
Dans le cadre de mes recherches consacrées aux dynamiques attentionnelles et à l’exploitation des données à l’ère du numérique, il m'est fréquemment demandé d’expliciter les mécanismes invisibles qui organisent et structurent notre quotidien connecté.
Pour répondre à cette attente, je m’appuie régulièrement sur un schéma initialement élaboré en 2020 lors du dossier rendu pour le Grand Défi Cyber, puis enrichi au cours d’une intervention au salon 3SC Cyber à Montpellier en 2023.
Ce document vise à synthétiser les logiques économiques, technologiques et cognitives qui sous-tendent la captation de l’attention, l’influence informationnelle, ainsi que la construction du « jumeau numérique » personnel.
Ce texte propose une lecture articulée synthétique de mon schéma et des références incontournables du champ, afin de rendre transparent l’enjeu fondamental que représente ce nouvel « or noir » qu’est la donnée, à l’heure de l’IA, tout en mettant en lumière les risques associés à l’extraction massive et à l’exploitation systématique des données personnelles.
1. La captation de l’attention
Le schéma met en lumière, en premier lieu, la dimension de la captation attentionnelle. Les plateformes numériques déploient des techniques issues de la captologie, discipline issue du Laboratoire de design comportemental de Stanford* (Fogg, 2003), conçues pour maximiser l’engagement via des interfaces persuasives : gratuité, défilement sans fin, notifications incessantes, micro-récompenses intermittentes et aléatoires. Ce dispositif s’appuie sur les acquis éprouvés de la psychologie comportementale (Skinner, 1953 ; et Théorie des jeux) et s’inscrit dans une dynamique que l’on peut qualifier de tunnel de l’attention (Wu, 2017), au sein duquel l’utilisateur se maintient dans un état constant de disponibilité cognitive.
Selon Wu, ce mécanisme favorise un engagement prolongé, mais au prix d’une réduction de la conscience périphérique et d’une limitation de la diversité cognitive, enfermant l’utilisateur dans un cycle souvent automatique et peu réflexif.
Cet état peut être rapproché de la transe hypnotique, caractérisée par des ondes cérébrales spécifiques. Sous hypnose, le cerveau manifeste une concentration focalisée où l’attention est intensément dirigée, avec une diminution de l’activité dans certaines zones liées à la conscience réflexive, telles que le cortex cingulaire antérieur, et une augmentation des connexions entre d’autres régions.
Cette configuration favorise une absorption mentale élevée et une dissociation entre l’action et la conscience immédiate, conditions analogues à l’état de « tunnel de l’attention » observé dans les environnements numériques, où l’usager est plongé dans un état de disponibilité cognitive continue, focalisée et imperméable aux stimuli extérieurs.
Ce concept souligne comment, dans les contextes numériques actuels, l’attention est captée et maintenue dans des tunnels cognitifs fermés, renforçant ainsi l’addiction informationnelle et réduisant la capacité à percevoir globalement son environnement numérique et réel. Parallèlement, les algorithmes de filtrage configurent des environnements informationnels personnalisés, renforçant l’engagement tout en restreignant la diversité des contenus auxquels l’individu est exposé.
La captation de l’attention donc s’avère fondatrice : sans engagement initial et rétention de l’usager, aucune trace n’est produite et, par conséquent, aucune donnée ne peut être valorisée.
https://behaviordesign.stanford.edu/
2. L’exploitation économique et cognitive
Le deuxième temps engage la dimension économique.
Les données collectées nourrissent une économie comportementale (Kahneman & Tversky, 1979 ; Thaler & Sunstein, 2008) qui exploite les biais humains pour orienter les décisions individuelles. Cette exploitation repose en partie sur la manipulation du système de récompense dopaminergique, un mécanisme cérébral fondamental.
En effet, les plateformes numériques utilisent des techniques de design – telles que les notifications incessantes, le défilement infini, ou les micro-récompenses – pour stimuler la sécrétion de dopamine, provoquant une sensation de plaisir et renforçant l’engagement compulsif des utilisateurs.
Concrètement, cette exploitation se manifeste notamment à travers :
l’utilisation de dark patterns – concept popularisé par Harry Brignull en 2010, désignant une forme de design non éthique, opposée aux principes d’expérience utilisateur transparente et respectueuse –, ces dispositifs visant à orienter délibérément l’utilisateur vers des choix favorables aux intérêts des plateformes ;
la constitution de bulles de filtres (Pariser, 2011), qui enferment l’utilisateur dans des univers informationnels renforçant ses préférences initiales, ou désirées ;
ainsi que le renforcement de ces biais par les chambres d’écho (Sunstein, 2001), où la répétition continue d’opinions identiques (en groupe) consolide les convictions.
À cet égard, l’attention humaine se constitue en ressource rare, exploitée et marchandisée, à l’instar de ce qui se faisait à l’ère de la télévision*, mais avec une dimension supplémentaire majeure : l’interaction directe et boucle rétro-active en temps réel avec la personne. Selon Shoshana Zuboff (2019), la donnée personnelle, issue de ce qu’elle nomme les « résidus comportementaux », devient la matière première essentielle du capitalisme numérique, qualifiée de nouvel « or noir ». Dans son ouvrage majeur**, elle décrit un système d’extraction et de valorisation des comportements humains qui confère aux grandes plateformes un pouvoir économique, politique et social inégalé, fondé sur la captation discrète de nos vies numériques.
*« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » — Patrick Le Lay, 2004.
** https://www.hbs.edu/faculty/Pages/item.aspx?num=56791
3. La construction du jumeau numérique
Le dernier aspect souligné par le schéma est la genèse du jumeau numérique, véritable double virtuel de l’individu.
Le jumeau numérique, ou digital twin, désigne une représentation virtuelle dynamique et évolutive, construite à partir des traces comportementales, psychologiques, sociales et biométriques. Il s’agit d’un modèle interactif, prédictif et performatif, capable non seulement de refléter les comportements actuels de son double réel mais également d’exercer une influence sur leurs orientations futures.
En effet, les algorithmes, nourris par des empreintes psycho-socio-biométriques à partir des interactions et capteurs multimodaux en temps réels, élaborent un digital persona (Rouvroy & Berns, 2013), c’est-à-dire un modèle prédictif qui ne se contente plus de refléter l’individu, mais agit comme un véritable outil de gouvernance algorithmique. Ce « jumeau numérique » incarne une forme de pouvoir algorithmique qui oriente et module non seulement les pensées et comportements présents, mais anticipe et façonne également leurs orientations futures, inscrivant ainsi la subjectivité dans une dynamique a-normative de prédiction et d’ajustement en temps réel.
À travers les tunnels de recommandations et d'influence, cette entité numérique fabrique progressivement les goûts, les préférences et les décisions, orientant ainsi les choix et captant les désirs de l’individu. L’usager est donc piégé dans un système qui dépasse la simple reproduction de ses intentions pour anticiper et façonner son avenir comportemental dans bien des domaines.
Conclusion
Ainsi, mon schéma synthétique préliminaire des dynamiques complexes combinant captation de l’attention, influence informationnelle, exploitation des données, influence algorithmique, ainsi que les approches issues de l’économie comportementale, de la cyberpsychologie et de la captologie, et élaboré dans le cadre du Grand Défi Cyber 2020, articule un processus en quatre grandes étapes majeures :
La captation et maintien de l’attention, rendue possible par le design persuasif des interfaces (captologie, activation continue du circuit dopaminergique, états altérés de la conscience) et la filtration algorithmique des contenus ;
L’exploitation des biais cognitifs et émotionnels, via dark patterns, économie comportementale, bulles de filtres et chambres d’écho ;
La collecte, la valorisation et la circulation des données – la « DATA » – désormais qualifiée de nouvel « or noir » ;
La fabrication du jumeau numérique, double informationnel prédictif et performatif incarnant de nouveaux leviers de contrôle. Ce modèle virtuel est continuellement alimenté par des données issues des comportements, interactions et caractéristiques biométriques de l’individu. Ces données réinjectées en continu dans le système, nourrissent un cycle d’analyse et d’ajustement en temps réel qui permet d’anticiper, orienter et influencer les comportements futurs, renforçant ainsi une nouvelle gouvernance.
À l’ère de l’intelligence artificielle, ces dynamiques interrogent profondément nos notions de vie privée et, in fine, de libertés démocratiques. Comprendre la logique complexe de ce cycle des données – depuis la captation de l’attention jusqu’à la fabrication du jumeau numérique et de son influence – constitue un préalable indispensable à l’élaboration d’une réflexion technologique, sociale, politique et éthique.
Ces enjeux sont au cœur également des débats contemporains sur la souveraineté cognitive, qui désigne la capacité d’un individu ou d’une société à garder le contrôle sur ses processus mentaux face aux ingérences technologiques et algorithmiques. Avec l’essor des neurosciences et des technologies d’intelligence artificielle, la protection de cette souveraineté devient un défi majeur, tant sur le plan juridique qu’éthique, face à des mécanismes souvent invisibles de manipulation cognitive.
De plus, les données collectées pour nos jumeaux numériques peuvent également servir à cibler spécifiquement les individus dans des stratégies de cyberattaques ou d’influence malveillante. En construisant une représentation détaillée et dynamique de chaque personne, les cybercriminels ou acteurs malveillants disposent d’une base d’informations précises pour concevoir des attaques ciblées, interceptant, manipulant ou détournant les comportements selon les vulnérabilités identifiées. Ce ciblage peut prendre plusieurs formes, allant de l’hameçonnage hyper-personnalisé à la diffusion de deepfakes, en passant par la manipulation de données biométriques ou médicales, multipliant ainsi les angles d’attaque et la sophistication des intrusions.
Une telle réflexion est nécessaire pour garantir un environnement numérique respectueux des droits fondamentaux et capable de préserver, au sein de nos démocraties occidentales, la pluralité des subjectivités et la richesse du débat public.
Toute reproduction, diffusion ou exploitation de ces contenus sans accord préalable constitue une violation des droits réservés à leurs auteurs et est strictement interdite. Le respect de la propriété intellectuelle est un fondement essentiel à la reconnaissance et à la valorisation de la recherche scientifique, garantissant à la fois la liberté, l’intégrité et la continuité des travaux académiques.
Influencer les comportements : entre orientation et manipulation
Le bec rouge des goélands stimulant l’appétit des oisillons.
Le bec rouge des goélands stimulant l’appétit des oisillons.
Serge Tchakhotine (1883–1973), microbiologiste et sociologue d’origine russe, a été l’un des premiers penseurs à théoriser la propagande politique comme un véritable outil de manipulation psychologique. Dans son ouvrage majeur Le Viol des foules par la propagande politique (1ère édition en 1939 - censuré immédiatement par le ministère français des Affaires étrangères, puis détruit en 1940 par les Allemands), il décrypte les techniques utilisées par les régimes totalitaires, en particulier les nazis, pour influencer les masses à l’aide de symboles, de réflexes conditionnés et de messages émotionnels répétitifs.
1. Conditionnement pavlovien et pulsions humaines.
S’appuyant sur la théorie des réflexes conditionnés de Pavlov, Tchakhotine explique que la propagande réussit lorsqu’elle active l’une des quatre pulsions fondamentales de l’être humain :
- l’agressivité,
- la satisfaction matérielle,
- le désir sexuel,
- l’amour parental.
En agissant sur ces leviers, le propagandiste peut provoquer des réactions automatiques, souvent inconscientes, chez l’individu. Il ne s’agit plus de convaincre, mais de déclencher un comportement.
2. La symbolisme : le rôle central des symboles.
Tchakhotine décrit une « guérilla symbolique » où images forte (symbole, logo, ..), slogans et rituels remplacent l’argumentation. Ces symboles, répétés à saturation, s’impriment dans l’inconscient collectif. Pour lui,
“Le symbole frappe et suggère sans informer.”
3. Du totalitarisme nazis aux interfaces technologiques : l’économie comportementale au service de l’influence ?
Ce que Tchakhotine observait dans les régimes autoritaires (ne pas convaincre, mais déclencher un comportement) se perpétue aujourd’hui à travers l’économie comportementale. Les plateformes numériques utilisent des stimuli calibrés, pour exemple (non exhaustif) :
🔴 Le point rouge des notifications ; inspiré de l’éthologie animale, il déclenche un réflexe d’alerte (avec diverses fonctions et valences mais toujours avec une captation de l'attention) comparable au bec rouge des goélands stimulant l’appétit des oisillons.
🎰 La gratification aléatoire (autre stratégie redoutable) ; inspirée de la théorie des jeux et du modèle de Skinner (renforcement et conditionnement opérant), elle consiste à offrir des récompenses imprévisibles (likes, commentaires, nouvelles connexions) pour entretenir une addiction similaire à celle des machines à sous.
4. Nudge : manipulation douce ou héritier éclairé ?
Aujourd’hui, le nudge (coup de pouce), popularisé par Richard Thaler et Cass Sunstein, reprend certaines intuitions de Tchakhotine... mais avec une éthique déclarée différente. Il s’agit de moduler l’environnement de décision pour inciter à un comportement bénéfique (recyclage, sécurité routière, choix alimentaire sain, etc…), sans restreindre la liberté individuelle.
Cependant, des ponts existent :
- Action subliminale : les deux techniques exploitent des leviers hors du champ conscient.
- Efficacité comportementale : priorité à l’action plutôt qu’à la réflexion ou la conviction.
La distinction repose sur l’intention : le nudge revendique un objectif d’intérêt général, là où la propagande dissimule des visées de pouvoir. Mais la transparence n’est pas toujours garantie.
5. Entre communication et influence
Cette question, au cœur des débats contemporains, appelle à reconnaître une réalité fondamentale : toute action, toute présence, toute communication influence déjà.
L’École de Palo Alto l’a formulé ainsi : « On ne peut pas ne pas communiquer. »
ou encore,
« Être avec quelqu’un, c’est l’influencer déjà. C’est lui signifier quelque chose, même sans intention. » F. Roustang, Influence (Les éditions de minuit)
Et face à l'influence, tous les individus ne réagissent pas de la même manière. Certains succombent et d’autres résistent, selon Tchakhotine.
Conclusion :
De la propagande au nudge, de l’influence douce à la guerre cognitive, où tracer la limite ?
La question centrale demeure : Quand cesse-t-on d’orienter… et commence-t-on à manipuler ?
Les outils changent, les leviers restent.
À l’ère cognitive, on passe à un autre niveau. L’information devient une arme orientée contre/vers chaque individu.
La guerre cognitive moderne ne se livre plus par la force, mais par l’image, le récit, la séduction, la peur...
Tchakhotine avait raison “Le symbole frappe et suggère sans informer.”
La guerre cognitive vise l’attention plus que les idées, les automatismes face à des messages émotionnels répétitifs plutôt que les convictions.
Silencieuse, insidieuse, redoutablement efficace.
Là, où, la lucidité et la transparence deviennent nos seuls boucliers.
CJP_04_2025
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👉 Pour aller plus loin :
S. Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1952
Jung, Carl Gustav, L'Homme et ses symboles
R. Thaler & C. Sunstein, Nudge B.F. Skinner, Science and Human Behavior
F. Roustang, Influence Édition de minuit
🌹 8 mars : un souvenir inoubliable 🌹
🌹 8 mars : un souvenir inoubliable 🌹
Un jour, on frappe à ma porte.
Petite précision : dans ce type d’habitat, un code à la sonnette de l’entrée permettait de signaler à qui la visite était destinée. Un coup pour untel, deux coups pour un autre, etc.
J’ouvre…
et me retrouve face à un jeune homme croisé quelques fois à la piscine universitaire. Un athlète de l’équipe de compétition. Un vrai dieu du stade en maillot. Nous ne nous étions jamais parlé auparavant.
Dans sa main, une rose rouge. Il me la tend avec un sourire.
Petit rappel : en France, à l’époque, le 8 mars passait presque inaperçu. Et en Russie post-soviétique, trouver une rose relevait du défi… et coûtait très cher.
Avec le recul, cette scène anodine aurait pu être un bel exemple de social engineering. En espionnage, on parlerait de "honey trap" (piège du miel), une technique où la séduction devient un levier d’influence ou de manipulation. Dans la Russie post-soviétique, où les étudiants étrangers étaient parfois "testés", ce genre d’approche n’était pas toujours si junénilement innocent…
Aujourd’hui, cette technique est toujours d’actualité :
🔍 Espionnage & renseignement – séduire pour obtenir des informations sensibles
💻 Cybercriminalité – hameçonnage amoureux, catfishing, manipulation en ligne
🏢 Espionnage industriel – infiltrer des entreprises via des relations personnelles
Alors, simple geste romantique ou approche subtile ?
Peu importe, ce 8 mars reste gravé dans ma mémoire, bien plus marquant qu’une sensibilisation en PowerPoint !
Et vous, avez-vous déjà vécu une situation où le charme était un outil stratégique ?
Attaques cognitives ou attaques émotionnelles ? Une nouvelle grille de lecture de la cybersécurité
Attaques cognitives ou attaques émotionnelles ? Une nouvelle grille de lecture de la cybersécurité
Les attaques cognitives sont généralement définies comme des manipulations visant à exploiter les failles du raisonnement humain, notamment par la désinformation, le social engineering ou les biais cognitifs. Cependant, une réflexion intéressante serait de se demander si nous ne nous trompons pas de cibles en mettant l'accent sur la dimension purement cognitive. Et si, en réalité, la majorité des attaques en cybersécurité étaient avant tout émotionnelles ? #emotionnalwarfare**
1. L’émotion comme levier d’attaque
Les cyberattaques les plus efficaces exploitent rarement uniquement des failles logiques ou techniques, mais jouent sur les émotions humaines pour inciter à l’action. Par exemple :
- L’urgence et la peur : Les arnaques par phishing jouent souvent sur la panique (ex. : "Votre compte va être suspendu !").
- La colère et l’indignation : Les fake news et campagnes de désinformation fonctionnent souvent en activant des émotions fortes (ex. : fausses accusations, scandales fabriqués).
- La curiosité et l’appât du gain : Les escroqueries (crypto, investissements douteux) exploitent la dopamine liée à la perspective d’un gain rapide.
- L’empathie et la culpabilité : Les ransomwares qui demandent de l’argent pour de prétendues œuvres caritatives ou pour "sauver quelqu’un". On est méchants, mais gentils en fait, c'est pour une bonne cause.
2. Réseaux sociaux : une arme psychologique ?
Les algorithmes des réseaux sociaux ne reposent pas sur une simple mise en avant de contenus populaires. Ils sont conçus pour maximiser l’engagement émotionnel, en jouant sur les réactions instinctives des utilisateurs.
Dopamine et boucle addictive : Des vidéos courtes, un scroll infini, des récompenses immédiates et aléatoires – tout est optimisé pour capter l’attention sans laisser place à l’analyse critique.
Polarisation émotionnelle : L’algorithme privilégie les contenus qui génèrent les réactions les plus fortes (rire, choc, colère, "mignon").
Conditionnement comportemental : ils entraînent le cerveau à réagir "émotionnellement" avant de réfléchir.
Pour exemple: contrairement à la version chinoise (Douyin), qui propose du contenu éducatif et patriotique aux jeunes Chinois, la version occidentale est davantage axée sur le divertissement viral, les défis parfois absurdes et la polarisation sociale et émotionnelle. On peut donc se poser la question : TikTok est-il un simple outil de divertissement ou un instrument d’ingénierie sociale (soft /hard Digital power) visant à influencer les comportements ?
3. Pourquoi une approche émotionnelle est plus efficace que la pure manipulation cognitive ?
Les émotions réduisent la pensée critique : Une personne en colère, paniquée ou excitée réagit instinctivement, sans prendre le temps d’analyser.
La mémoire émotionnelle est plus forte : Un message "émotionnel" reste ancré plus longtemps qu’un message purement rationnel.
Les réactions impulsives sont exploitables : Il est plus facile de pousser quelqu’un à cliquer immédiatement sur un lien par peur que par logique.
Cette approche permet non seulement de maximiser l’efficacité des cyberattaques classiques (phishing, ransomwares, scams), mais aussi de manipuler des masses entières en orientant l’attention et les perceptions vers certaines thématiques, tout en fragmentant les sociétés à travers des contenus polarisants.*
4. Les implications pour la cybersécurité ?
- Développer la régulation émotionnelle : Sensibiliser les utilisateurs aux risques techniques et aux manipulations émotionnelles.
- Détecter les signaux émotionnels dans les cyberattaques : Adapter les algorithmes de détection aux schémas émotionnels dans le langage ou texte.
- Approche globale de la cybersécurité : Intégrer psychologie, neurosciences et cybersécurité pour anticiper les manipulations.
Conclusion
Les attaques cognitives sont réelles, mais elles sont souvent des attaques émotionnelles déguisées. Que ce soit via des tentatives de phishing, des fake news ou des algorithmes d’influence comme ceux de TikTok, la guerre de l’attention se joue sur les émotions, et non sur la logique. L’avenir de la cybersécurité pourrait nécessiter une approche plus psychologique, visant à renforcer la résilience émotionnelle des individus face aux manipulations numériques.
--------------------------------*Gustave Lebon Psychologie des foules 1895 -------------------------------
source https://www.bookey.app/fr/book/psychologie-des-foules
Caractéristiques communes des foules
- Les foules, quelle que soit leur composition, développent un esprit collectif qui altère leur comportement de manière que des individus isolés ne reproduiraient pas.
- Cette transformation produit de nouvelles caractéristiques au lieu de simplement additionner les traits individuels.
Influence de l'inconscient
Les processus inconscients affectent considérablement le comportement individuel au sein des foules. Malgré les variations d'intelligence individuelle, les gens partagent souvent des instincts et des émotions similaires régis par leur contexte collectif.
Comportement des foules
Les foules tendent vers une médiocrité collective, manquant souvent de l'intelligence nécessaire pour une prise de décision complexe. Leurs actions sont influencées non par des contributions individuelles mais plutôt par des réponses instinctives et émotionnelles, aboutissant souvent à des comportements impulsifs ou imprudents.
Forces motrices derrière le comportement de la foule
Les principaux facteurs influençant le comportement des foules incluent :
1. Sentiment de pouvoir : Les individus peuvent se sentir renforcés dans une foule, abandonnant leur retenue personnelle en raison de l'anonymat.
2. Contagion : Les émotions et les actions se propagent facilement au sein d'une foule, poussant les individus à agir contre leurs intérêts personnels.
3. Suggérabilité : Les foules peuvent exhiber des caractéristiques similaires à l'hypnose, où les individus perdent leur identité consciente et suivent des impulsions collectives.
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**Le champ de bataille des émotions s'étend bien au-delà de la cyber. Il imprègne tous les aspects de nos relations personnelles de notre vie, du lieu de travail à l'arène politique.

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